L'histoire de Stéphane
L’histoire que vous lirez dans les lignes suivantes n’est ni une invention de son auteur ni tirée d’un roman fiction ; elle est celle d’un handicapé physique, de nationalité camerounaise, c’est l’histoire de M.D. Stéphane, né au cours de l’un des mois de l’année 1991. M.D. Stéphane est un garçon et qui, comme les enfants de son âge et de son village, grandit sans problème jusqu’à huit ans.
Très agité, très matinal au réveil, ses parents furent surpris, un matin de l’année 2000, alors qu’un soleil violent brûlait les feuilles des plantes environnantes, de constater que Stéphane ne s’était pas levé du lit : 08 heures 30 minutes.
La première, la mère se rendit dans la chambre du fils pour le sortir du sommeil ; grande fut sa surprise : celui-ci parlait, mais affirmait être incapable de sortir du lit, tellement ses jambes avaient perdu en force.
Lassé d’attendre l’emmerdeur, le père suivit bientôt en ces lieux son épouse. Après l’avoir entendue dans ses déclarations et ouit l’enfant il conclut aux caprices de celui-ci et les deux parents, sans inquiétude s’en allèrent pour la plantation.
A leur retour en soirée, c’est la désolation et la stupeur : L’enfant n’avait pas quitté la position occupée le matin, sa température était normale mais il avait pissé et fait les selles sur ses draps, s’y était couché sans se rendre compte. Paniqués les deux parents se rendirent au dispensaire du coin où l’infirmier du centre de santé ne découvrit aucune anomalie. Retournés à leur résidence, les parents s’apprêtaient à infliger une correction exemplaire à ce paresseux lorsqu’ils découvrirent qu’une fois encore, il avait déféqué sans se rendre compte.
Ils essayèrent de le mettre debout, puis assis sur un tabouret, il s’écroula chaque fois. L’enfant nettoyé, ils dormirent tous ensemble. Au lendemain l’enfant avait perdu la parole. Pas de fièvre, pas de méningite, conclurent les infirmiers une fois de plus.
Commença alors le chemin de croix de la famille mobilisée autour de la cause. D’abord dans les hôpitaux (médecine moderne), puis chez les tradis praticiens.
Si les médecins, qui n’avaient demandé ni radio, ni scanner pour expliquer les souffrances de Stéphane ne trouvèrent pas les causes du mal, les guérisseurs lui donnèrent une explication. « Ce garçon était un enfant serpent », « le conducteur du train de nuit ». « C’est l’accident de ce train, la nuit où il avait perdu ses jambes qui l’avaient ainsi rendu, il fallait le sortir de ce monde ». Pour se faire Stéphane a été d’abord jeté à la poubelle où le résultat attendu était la mort au bout de 24heures, preuves de sa culpabilité ; puis abandonné dans une rivière où il devait être noyé ou emporté par la furie des eaux.
Devant l’échec de toutes les tentatives, le père abandonna la mère et l’enfant ; la mère abdiqua quant aux soins, se contentant de nourrir celui dont on attendait la guérison, entendez ici « la mort » . Pour se consoler, elle donna naissance à d’autres enfants, « normaux » dont elle s’occupa.
En avril 2006, alors que nous oeuvrions dans le souci d’inscrire quelques handicapés à l’école, aux lycées et collèges de ce village, nous fûmes informés par un anonyme de la présence de Stéphane. Sous le guide de cet anonyme, nous rencontrâmes Stéphane, juché sur un tabouret, au bord du caniveau longeant leur case. Très sympathique et intelligent, l’enfant nous parut. En très bon français il répondit à toutes nos questions et nous donna de mémoire le contact téléphonique de ses parents ; à son tour sa maman en fut saisie et une rencontre, juste après, organisée. Immédiatement, deux résolutions furent dégagées.
- Inscrire pour la première fois à l’école Stéphane.
- Le soumettre aux soins orthopédiques pour corriger éventuellement ses handicaps.
Mises en œuvre simultanément, ces deux résolutions ont merveilleusement changé la vie de ce garçon. Mis sous soins grâce aux concours financiers de la fondation Liliane, ce garçon marche debout aujourd’hui à l’aide de ses auxiliaires. Plus grand encore, et pendant ses soins, en un an, il a franchi quatre classes distinctes : SIL – CP –CE1 – CE2. A cette rentrée scolaire 2007, Stéphane est inscrit au CM1, classe préparatoire à l’Entrée au collège. Contrairement à Stéphane, beaucoup de nos membres ne bénéficient pas d’autant de chance. Il leur manque jusqu’à la béquille pour sortir des fonds de cases où ils sont isolés. Mais à l’exemple de Stéphane, vous pouvez nous aider à aider ces mains tendues.
AIDEZ-NOUS A ROMPRE CE TURBULENT SILENCE.
Le Coordonnateur National Mosoh Cameroun A. DAKEYI
Septembre 2007 Nkongsamba. Cameroun
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