L'histoire de Martine
Albert Camus, reprenant F. Nietzsche au sujet de l’art, écrivait : « si aucun artiste ne tolère le réel, aucun artiste ne peut se passer du réel. » Et si nous ne sommes pas des artistes, nous nous ressemblons cependant. Pendant qu’ils s’occupent de la formation de l’esprit, nous nous préoccupons du devenir de la chair, des sens et des os de nos handicapés, encore que…
Nous sommes des acteurs d’une société à laquelle nous appartenons. Nous sommes des composantes d’un groupe social vulnérable, marginalisé, à la limite oublié, ignoré.
Notre histoire, nos histoires, nous les partageons avec tous ceux et toutes celles qui croient en nos capacités, en nos aptitudes, qui pensent que « l’histoire de l’humanité n’est pas encore entièrement écrite »et que « chacune de ses composantes à sa partition à jouer. »
L’histoire que nous vous présentons ci-après, c’est celle de Martine Noëlle, très belle petite fille « aux pieds de lièvre »
Née il y a huit années, Martine Noëlle est un bébé adulé par ses parents jusqu’à l’âge de six mois.
A ce moment de sa petite vie, sa maman découvre que quelque chose d’anormal paraît sur sa fillette : sa croissance physique, sans être spéciale, ne ressemble pas beaucoup à celle d’autres enfants qu’elle rencontre à la P M I de la localité où elle va une fois par semaine, pour la pesée du bébé. Ses jambes semblent se raidir au fur et à mesure de sa croissance. Ses articulations de la hanche, des genoux et des chevilles semblent bloquées, celles des coudes aussi. Les deux parents paniqués, se dirigent d’abord vers l’hôpital du district de santé de la ville puis vers le Centre de santé « spécialisé en soins orthopédiques et en kinésiethérapie ».
Très vite, les parents de Martine sont écrasés par les coûts des soins. Ils quittent ces structures hospitalières, en réalité sans médecins spécialisés en la matière et se dirigent vers les tradi-praticiens où pour eux, commence le voyage vers l’enfer.
Après les premières consultations chez les tous premiers rencontrés, le verdict est sévère : Martine Noëlle est déclarée « enfant serpent » condamnée, pour vivre à subir des rites dont nous vous faisons grâce de la description, tellement ils sont horribles et impensables pour un enfant au 3e millénaire.
Au cours de ce chemin de croix, papa Noëlle a quitté la barque, abandonné femme et enfant à leur sort. Il a réussi à séduire une autre femme qu’il a épousé pendant que sa fillette, subissant le rite de la rivière dont nous vous avons parlé dans nos précédentes publications y était abandonnée. Il a abandonné le domicile conjugal.
Se souvenant de la douleur de l’enfantement et du bonheur de la maternité, maman Martine Noëlle est, nuitamment allée récupérer sa fille, a plié bagages et quitté le village pour éviter la réprobation sociale et la honte…..
Elle s'est retirée chez ses parents, où élevant leur fillette, depuis lors, tous « attendent sa guérison »*
Il y a quelques semaines, dame « s » une anonyme en service non loin des bureaux de Mosoh Cameroun, nous les a conduit. Nous avons reçu cette merveilleuse créature dans notre maison, la maison des boiteux, les locaux de Mosoh Cameroun. L’histoire que vous lisez, est donc le produit de l’écoute de cette mère ruinée sous tous ses aspects, désespérée, à bout de force.
Notre souhait, notre devoir premier, c’est de conduire cette fillette vers des structures et médecins spécialisés afin que soins appropriés lui soient apportés. Mais comme le remarque si bien une sagesse de chez nous, notre volonté, notre devoir ne suffisent pas à rendre possible ce rêve, « une seule main ne pouvant attacher un fagot de bois ». Le concours multidimensionnel que nous attendons de vous, vos réactions que nous souhaitons positives, sauveront cet enfant, la mettront debout, utile qui sait, pour elle et pour nous tous.
« Il faut briser ce cercle vicieux, rompre le silence »
« Aider-nous à vaincre le handicap »
Nkongsamba, août 2007
Me DAKEYI
* : entendez ici « sa mort »
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